la volonté de l'homme est-elle libre ?

La liberté de la volonté humaine fait, depuis plus de quinze siècles, l'objet de vives discussions dans l'Église. On commença à s'intéresser aux aspects essentiels de cette question au début du quinzième siècle, lors du conflit entre Augustin et Pélage. La nature de la liberté humaine reçut beaucoup d'attention au cours du Moyen Âge. Dans leur étude des Écritures, Bernard de Clairvaux et Anselme apportèrent d'importantes contributions à la doctrine de la volonté de l'homme. Au seizième siècle, la question de sa liberté ou de son asservissement joua un rôle majeur dans les affrontements entre Réformateurs et catholiques romains. Martin Luther y voyait la clé même de son conflit avec Rome. Au dix-septième siècle, cette question fut au cœur du débat entre arminiens et calvinistes, puis refit surface lors du grand réveil du dix-huitième siècle. Au dix-neuvième siècle, les idées de Finney sur le réveil égarèrent l'Église en lui communiquant une conception erronée de la volonté humaine, et de sérieuses divergences continuent entre chrétiens à propos de la nature de cette volonté.
Une bonne compréhension de la teneur de l'Évangile et la mise en œuvre de méthodes d'évangélisation qui glorifient Dieu dépendent d'idées justes sur cette question.

Le Seigneur est le meilleur Maître

Certains théologiens ont débattu de la volonté humaine avec beaucoup de lucidité. D'autres évoluent dans les hautes sphères philosophiques, là où de nombreux chrétiens défaillent dans l'atmosphère raréfiée des complexités ardues de la pensée logique. Mais personne ne s'exprime avec autant de clarté vivifiante que le Seigneur Jésus. Il assortit ses instructions d'illustrations frappantes, venant ainsi au secours de notre faible intelligence.
En Matthieu 12 v 33-37, il dit: "Dites que l'arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l'arbre est mauvais et que son fruit est mauvais; car on connaît l'arbre par le fruit. Races de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, méchants comme vous l'êtes ? Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle. L'homme bon tire de bonnes choses de son bon trésor, et l'homme méchant tire de mauvaises choses de son mauvais trésor. Je vous le dis: au jour du jugement, les hommes rendont compte de toute parole vaine qu'ils auront proférée. Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles du seras condamné."
Trois images verbales communiquent ici avec clarté la leçon de Christ. Chacune présente une réalité familière. Le verset 33 parle du fruit d'un arbre. Au verset 35, un homme tire des trésors de son coffre. Puis un courant d'eau jaillit d'une source. Cette dernière image est voilée mais néanmoins présente dans les termes qu'emploie le Seigneur au verset 34. Le mot "abondance" évoque un superflu, un flot débordant.

1. L'homme a une volonté dotée d'une certaine liberté.

Le Seigneur enseigne clairement que l'homme possède la capacité de faire des choix. Il est important de commencer ici pour désarmer les accusations insensées portées contre la doctrine biblique de la volonté humaine. Tout homme a la capacité de choisir les mots qu'il emploie et de décider ce que seront ses actions. Il a une capacité d'autodétermination en ce sens qu'il décide de ses pensées, paroles et actions. L'homme a la liberté de choisir ce qu'il préfère, ce qu'il désire.
Personne, pas même Dieu, n'accroche le fruit sur les branches de l'arbre: ce dernier produit un fruit en fonction de son espèce. Le méchant pèche volontairement, tirant de mauvaises paroles et actions du coffre qui renferme son mauvais trésor. Le juste recherche la sainteté, tirant de bonnes paroles et actions de son bon trésor. Celui qui parle ou agit est entièrement responsable de sa conduite morale. Cette capacité de vouloir est une composante vitale de la personne humaine. Elle est toujours présente en vous, en moi, et en tout homme à qui nous rendons témoignage ou annonçons la Parole.
Dieu ne force jamais les humains à agir à l'encontre de leur propre volonté. Par l'action extérieure de sa providence ou intérieure de sa grâce, le Seigneur change parfois les pensées de l'homme, mais il ne le contraint pas à penser, parler ou agir de telle ou telle manière. Lorsque, dans sa colère sainte, Dieu envoya les Israélites pour chasser les Cananéens de leur pays, il envoya aussi des frelons contre ces derniers pour les pousser à fuir le pays (Exode 23 v 28).
Quand Saul de Tarse se convertit, le Seigneur ne le força pas à commencer à édifier l'Église qu'il venait de persécuter. Il conféra à son âme une grâce intérieure nouvelle en conséquence de laquelle Paul décida d'agir autrement. Dieu peut renouveler la volonté, mais il ne la contraint jamais.
La Confession de foi de Westminster prend grand soin d'affirmer la liberté de la volonté humaine. Elle déclare à propos du décret éternel de Dieu: "De toute éternité... Dieu a librement et immuablement ordonné tout ce qui arrive; de telle manière, cependant, que Dieu n'est pas l'auteur du péché, qu'il ne fait pas violence à la volonté des créatures, et que leur liberté ou la contingence des causes secondes sont bien plutôt établies qu'exclues." Quand elle aborde le libre arbitre, nous lisons: "Dieu a doté la volonté de l'homme d'une liberté naturelle qui n'est ni contrainte ni déterminée au bien, ou au mal, par quelque nécessité absolue de nature." Ni à la création, ni lors d'actes divins ultérieurs, les décisions de l'homme ne sont prises par un autre que lui-même: il est libre de choisir ce qu'il désire.
Cette liberté de la volonté est indispensable pour qu'il y ait responsabilité. On ne saurait être tenu pour moralement responsable en son absence. C'est l'implication des paroles du Seigneur: "Je vous le dis: au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine qu'ils auront proférée. Car par tes paroles tu seras justifié, et par tes paroles tu seras condamné" (v 36, 37). L'homme n'encourt de condamnation que parce que ses paroles lui appartiennent en propre. Il a la liberté de les tirer de son trésor. Elles sont le débordement de la source de son cœur, le fruit de l'arbre de sa propre nature. Personne ne lui impose de les prononcer. Il les choisit et ne peut blâmer la société, ses amis ou ses parents. Ses paroles vaines sont le produit de sa propre volonté.
Il est capital que tout chrétien comprenne l'importance de la volonté humaine pour en tenir compte quand il évangélise. L'annonce de l'Évangile ne vise pas seulement à projeter la lumière de la vérité dans des pensées enténébrées, mais elle cherche aussi à exhorter une volonté humaine pervertie à choisir Christ. La foi est tout autant un acte de la volonté que de la pensée. Lorsque, par l'Esprit, la pensée comprend des vérités essentielles, par ce même Esprit, la volonté place sa confiance en Christ. La repentance consiste à choisir le bien et rejeter le mal. La volition joue un rôle central dans la foi et la repentance.
En effet, lors de la conversion, il faut que l'homme prenne une décision. C'est un terme que nous avons tendance à éviter car, dans le jargon moderne, il évoque une action extérieure, comme le fait de lever la main ou de s'avancer vers une estrade. S'il est vrai que ces actes extérieurs n'ont rien à voir avec le pardon des péchés, le cœur doit cependant prendre la décision d'être sauvé.
Lorsque le Christ s'écria: "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive", il demandait à ses auditeurs de se saisir de lui volontairement afin de satisfaire la soif de leur âme abreuvée. Dieu presse tous les pécheurs de venir à lui, précisément parce qu'ils ont le droit de venir. Notre devoir est d'informer le pécheur qu'il est appelé et a le droit de choisir Christ. Nous devons en outre l'assurer qu'il a véritablement le devoir d'adhérer au Sauveur.
L'Évangile éclaire la grande culpabilité des pécheurs en ce que, l'entendant, ils refusent de venir. En Jean 5 v 40, Christ déplore le fait qu'ils ne voulaient pas venir à lui pour avoir la vie. Il pleure sur Jérusalem: "Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu !" L'homme non régénéré qui entend l'Évangile choisit obstinément, délibérément de ne pas venir. C'est pourquoi Christ viendra comme un feu dévorant pour exercer sa vengeance sur ceux qui n'obéissent pas à l'Évangile (2 Thessaloniciens 1 v 8). Les hommes rejettent le Fils de Dieu sans coercition aucune, par le libre exercice de leur volonté.
Nous avons abordé la question de la responsabilité, mais pas encore celle de la capacité. Pour l'instant, disons que l'homme est doté d'une volonté. Nous devons donc interpeler cette volonté aussi directement et puissamment que sa pensée et ses émotions quand nous annonçons l'Évangile, pour le placer devant sa responsabilité. "Ce qui est l'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé" (Jean 6 v 29).

2. La volonté de l'homme n'est pas une faculté souveraine.

Quoique l'homme possède bien une volonté, celle-ci n'est pas indépendante des influences extérieures. Comme le Seigneur l'enseigne aussi, elle ne règne pas non plus en maître sur tous les autres aspects de sa personnalité.
Les pélagiens, catholiques romains, arminiens et adeptes de Finney ont tous la même perspective de la nature de l'homme. Ils pensent que, d'une certaine manière, sa volonté est neutre, qu'elle ne penche moralement ni d'un côté ni de l'autre. Selon eux, elle pourrait tout aussi facilement choisir le bien que le mal, être en mesure d'accepter ou de rejeter Christ. Ces gens sont tous de cet avis, avec quelques différences minimes et certaines variantes dans leurs explications. Le pélagien enseigne que la volonté est neutre parce que le cœur humain est moralement neutre. L'arminien reconnaît, en revanche, que le cœur humain est mauvais. Mais il suggère que la grâce prévenante a placé la volonté comme en suspens, en l'état de neutralité, et qu'elle peut accepter ou rejeter l'Évangile. Tous ont en commun cette idée de neutralité d'une volonté désintéressée. En fin de compte, cette opinion influe sur toute leur conception de la conversion et de la sanctification.
Le Seigneur Jésus enseigne que la volonté humaine n'est pas affranchie des autres facultés du cœur. Elle ne règne pas sur l'homme, mais les dispositions profondes de celui-ci la conditionnent. Elle n'occupe pas une position de domination sur l'homme dans sa totalité.
Celui-ci ressemble à un arbre. Son cœur, et non sa volonté seulement, est la racine. La volonté est absolument incapable de décider de porter un fruit contraire à la nature de la racine. Si la racine est mauvaise, la nature même de l'arbre l'oblige à porter un fruit mauvais.
L'homme ressemble à quelqu'un avec un coffre. Il lui est impossible de tirer de l'or pur d'un coffre ne contenant que de l'acier rouillé. Le contenu du cœur détermine les paroles et les actes qui en émanent. Loin d'être neutre, la volonté prend de ce qui remplit le cœur. Toute parole, pensée, action dépend de ce qui se trouve dans le cœur.
L'homme ressemble à un cours d'eau. Il ne peut pas s'élever plus haut que sa source. Si celle-ci est polluée, le flot qui en provient est mauvais, ou si elle est douce, le cours d'eau ne sera pas amer, ni ne peut décider de l'être.
Les trois illustrations contiennent la même leçon. La nature de l'homme détermine ses choix. Les choix qu'opère la volonté révèlent toujours la nature du cœur, car c'est du cœur que ces choix dépendent. Les hommes ne sont pas pécheurs parce qu'ils décident de pécher, mais l'inverse. Sinon, nous ne pourrions jamais reconnaître un arbre à son fruit, ni juger des dispositions profondes d'un homme par ses actions.
Pour échapper à la gravité terrestre, une fusée spatiale a besoin d'un immense système de circuits électriques commandés par ce qu'on appelle un "centre de contrôle". La Bible nous apprend que le cœur est le centre de contrôle de toute vie humaine. C'est du cœur que viennent toutes les motivations de l'homme, ses dispositions fondamentales, tout le sens de sa nature et ses inclinaisons morales. La pensée, les émotions, les désirs et la volonté sont comme des circuits visibles, mais aucun d'eux n'est autonome, car ils sont tous connectés au centre de contrôle. Si celui-ci est fait pour produire le mal, alors la volonté est impuissante à lancer la fusée de la vie sur la trajectoire de la justice. Elle ne peut pas se détacher de l'orientation des pensées, des sentiments, des aspirations, des habitudes pour produire un comportement moral qui leur serait contraire. On peut la comparer au bouton de mise à feu. Mais ce bouton ne détermine pas l'orientation de la course de l'engin spatial. Celle-ci dépend du système complexe des circuits.
Si la volonté pouvait dépendre des décisions contraires à la raison, aux inclinations et aux désirs du cœur, elle serait monstrueuse. Vous fréquenteriez des gens que vous ne pouvez pas supporter ou, au restaurant, vous commanderiez tous les plats que vous détestez. Mais la volonté n'est pas un monstre. Elle ne peut pas faire de choix sans consulter l'intelligence, ni refléter les sentiments ou tenir compte des désirs. Vous êtes libre d'être vous-même, mais la volonté ne peut pas faire de vous quelqu'un d'autre.
Cela est vrai dans le domaine moral ou religieux plus que partout ailleurs. Si la pensée est en guerre contre Dieu et s'oppose à sa vérité; si les émotions expriment la haine de Christ et les désirs veulent effacer de la terre la loi de Dieu et son Évangile, la volonté est tout à fait incapable de décider de se tourner vers Christ. Sinon, l'homme ne serait pas vraiment libre d'être lui-même.
Telle est donc la vérité tragique au sujet de la volonté humaine. Bien que ne subissant aucune coercition extérieure, elle gît pourtant dans un état d'esclavage. Elle n'est pas neutre. Ce n'est pas un levier qui pourrait faire passer l'homme du péché à la justice, de l'incrédulité à la foi. Nous touchons ici au troisième enseignement dans les paroles de Christ.

3. La volonté de l'homme est esclave du péché.

Les chaînes qui la lient au péché ne sont pas dues à l'action du Dieu tout-puissant. Elles ne sont rien d'autre que les facultés humaines dépravées. La prison de l'homme est sa propre nature.
En Matthieu 12 v 34, le Seigneur met vigoureusement l'accent sur ce point par cette question pour la forme: "Races de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, mauvais comme vous l'êtes ?" Dans sa sagesse, il montre que les paroles d'un homme sont l'expression de son être. Il dit aux pécheurs: "Vous êtes incapables de décider de dire le bien parce que vous avez un cœur mauvais. Si l'arbre est mauvais, le coffre rempli de choses mauvaises, ou la source amère, votre volonté ne peut pas produire de bonnes paroles (fruits, trésors, flot)."
De nombreux versets témoignent de l'asservissement de l'homme au péché en raison de sa propre nature. Citons-en quelques-uns: "Un Éthiopien peut-il changer sa peau, et un léopard ses taches ? De même, pourriez-vous faire le bien, vous qui êtes exercés à faire le mal ?" (Jérémie 13 v 23); "Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire" (Jean 6 v 44); "Les tendances de la chair sont ennemies de Dieu, parce que la chair ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle est en même incapable" (Romains 8 v 7).
Pour affirmer la liberté morale et spirituelle de la volonté, les pélagiens, arminiens et autres adeptes du libre arbitre s'appuient en général sur un seul élément. Nous avons reconnu que l'homme possède une liberté qui le rend responsable. Il est libre d'être lui-même. Il devra rendre compte de ses paroles et de ses actes, en particulier de son accueil ou de son rejet de Christ. Nous sommes d'accord sur tout cela. Mais les défenseurs d'une volonté indépendante en profitent pour glisser le pied dans la porte et affirmer que la volonté n'est pas asservie au péché mais qu'elle a le pouvoir de faire le choix opposé. Elle est capable, disent-ils, de choisir le bien ou le mal, tout au moins quand elle est confrontée à l'Évangile. Pour que la volonté soit tenue responsable de choisir Christ, insistent-ils, il lui faut par définition en posséder la capacité.
Il est impossible de défendre cet argument à partir des Écritures, du moins à ma connaissance. C'est un argument purement philosophique, qu'on peut formuler ainsi: "Si un homme est incapable de faire le bien, il est injuste de le punir en tant que malfaiteur. De plus, si un pécheur est incapable de se repentir, il est insensé d'ordonner à tous les hommes en tous lieux de le faire. Dieu n'est pas sot. Il donne pourtant bien aux hommes un tel ordre. Par conséquent, l'homme doit être capable de le faire."
Pour avancer de tels arguments, les tenants des capacités de la volonté ne peuvent pas avoir examiné la Bible de très près. Pour s'accrocher à leurs prémisses philosophiques, il leur faudra contredire le Seigneur. Il dit en effet dans les versets 36 et 37 du même passage qu'au jour du jugement, les hommes devront répondre de toute parole mauvaise qu'ils auront proférée. Pourtant, au verset 34, il dit que ces mêmes hommes ne peuvent pas prononcer de bonnes paroles parce que leurs dispositions sont mauvaises.
Dans son tombeau, Lazare n'avait pas la moindre capacité de répondre quand le Seigneur lui ordonna de sortir. Le paralytique de 38 ans n'avait en lui-même aucune capacité d'obéir à Jésus quand celui-ci lui ordonna de prendre son lit et de marcher. Les pécheurs d'aujourd'hui ne sont pas davantage capables de croire quand nous prêchons: "Voici son commandement: Que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ" (1 Jean 3 v 23).
Quand un pécheur refuse de venir à Christ, il est coupable, car c'est sa décision. Ce choix reflète son état d'esprit, ses sentiments et son attitude envers Dieu et son Fils. Il agit volontairement, sans coercition. Sa décision lui appartient. Mais, étant mort dans ses transgressions et dans ses péchés, ce pauvre pécheur ne peut pas faire autrement puisqu'il est mauvais par nature. Il n'a pas besoin de posséder une volonté "neutre", ou la capacité de choisir le bien ou le mal, pour être responsable de son choix devant celui qui juge tous les cœurs.
Anselme fait à ce sujet des remarques fort utiles. Ce théologien du Moyen Âge montre que si la capacité de pécher est nécessaire pour une véritable liberté et responsabilité, alors Dieu n'est ni libre, ni digne de louanges. La Bible déclare en effet qu'il ne peut pas mentir. De même, les saints dans la gloire ne seront ni libres ni responsables, car ils possèderont une justice parfaite dans l'éternité. Anselme poursuit en soulignant l'insistance de la Bible sur la liberté. La vraie liberté réside en la capacité de faire le bien, alors que le pécheur est esclave du péché. Si la vraie liberté consiste à être capable de faire ce qui est bien aux yeux de Dieu, alors son degré le plus élevé consiste à être incapable de faire autre chose que le bien. Cette liberté suprême est celle des fils de Dieu dans la gloire. Que ces réflexions d'Anselme sont bibliques !
Son influence se retrouve dans le chapitre de la Confession de Westminster sur le "libre arbitre", quand elle affirme qu'Adam "avait la liberté et le pouvoir de vouloir et de faire ce qui était bon et très agréable à Dieu". Mais sa liberté était sujette au changement. L'homme pouvait perdre cette capacité de faire le bien, et c'est ce qui se produisit. C'est différent de la liberté que possède l'homme d'être soi-même. La Confession de Westminster poursuit: "Par sa chute dans l'état de péché, l'homme a perdu toute capacité de vouloir un quelconque bien spirituel en vue du salut; aussi, l'homme naturel, radicalement opposé au bien et mort dans le péché, est-il hors d'état, par ses propres forces, de se convertir ou de s'y préparer."
Bernard de Clairvaux était tout près de la vérité en écrivant, à propos de la condition d'Adam: "D'une manière étrange et funeste, l'âme est à la fois libre et sujette à cette contrainte volontaire; elle est à la fois asservie et libre. Elle est asservie en ce qui concerne la nécessité, mais libre en ce qui concerne sa volonté. Plus étrange et malheureux encore, elle est coupable en raison de sa liberté, et asservie parce qu'elle est coupable. Elle est donc asservie à cause de sa liberté."
Comme nous l'avons vu, l'homme est libre d'être lui-même. Il est donc esclave du péché à cause de son cœur mauvais. Cette constatation débouche sur des vérités les plus profondes concernant le salut de l'âme. C'est un point capital dans l'annonce de l'Évangile, essentiel pour la compréhension que l'auditeur a du salut.

4. L'espérance de l'homme ne réside pas dans sa volonté.

L'arbre doit devenir bon, déclare le Seigneur. Il faut que les dispositions de l'homme soient renouvelées de fond en comble. Il a besoin d'un cœur nouveau pour porter du bon fruit. La volonté ne peut pas rendre l'arbre bon. Sa seule liberté est d'être que ce que l'arbre est déjà en lui-même. La volonté ne peut pas faire sortir du coffre un contenu nouveau, mais seulement en tirer ce qui s'y trouve déjà. Elle ne peut pas purifier la source, mais seulement faire jaillir les eaux déjà présentes dans l'âme.
Toute annonce de l'Évangile qui s'appuie sur un acte de la volonté humaine pour la conversion du pécheur passe à côté du but. Tout homme pécheur qui croit sa volonté assez forte pour faire quelque bien en vue du salut se trompe lourdement; il est loin du royaume. Pour que l'arbre soit rendu bon, notre unique recours se trouve dans l'œuvre régénératrice de l'Esprit du Dieu vivant. S'il n'accomplit pas une œuvre chez le pécheur, en créant en lui un cœur pur et en renouvelant en l'homme un esprit bien disposé, celui-ci n'a aucun espoir de connaître la transformation du salut.
Certes, l'Évangile s'adresse à la volonté de l'homme, mais elle est prisonnière du linceul et des bandelettes d'un cœur mauvais. Pourtant, alors que nous parlons, et que le Seigneur lui-même confirme sa Parole, sa puissance divine communique la vie aux pécheurs. Ceux en qui Dieu agit à salut reçoivent une plénitude d'ardeur quand il déploie sa puissance (Psaume 110 v 3). Tous ceux qu'il adopte en tant que fils sont nés, non "de la volonté de l'homme, mais de Dieu" (Jean 1 v 13). Alors que nous annonçons l'Évangile, nous n'avons aucun pouvoir pour rendre l'arbre bon, et les "arbres" devant nous sont impuissants à se rendre eux-mêmes bons. Aucune invention ni ressource humaine ne pourrait les persuader d'effectuer ce changement. Mais le Dieu de gloire, par sa puissance qui transforme de l'intérieur, dans le secret du cœur, peut rendre bon l'arbre, le trésor précieux ou la source pure. Que toute gloire revienne donc à Dieu et à l'Agneau ! Le salut vient de Dieu !

Reproduction avec permission de la brochure "La volonté de l'homme - elle existe mais elle est liée"
(Walter Chantry - Copyright 2007 Chapel Library, Pensacola, Florida)

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